«Je ne sors plus de chez moi» : ces Français tétanisés par le coronavirus

Depuis le début de l’épidémie, certaines personnes effrayées par le Covid-19 tentent de s’en protéger comme elles le peuvent, quitte à vivre différemment. Témoignages.

 Certains Français inquiets par l’épidémie font de leur mieux pour éviter d’être contaminés (illustration).
Certains Français inquiets par l’épidémie font de leur mieux pour éviter d’être contaminés (illustration). LP/Olivier Corsan

Depuis l’officialisation de l’épidémie en janvier, pas une journée ne se passe sans qu’ils y pensent. Alors que le Covid-19 a fait plus de 2000 morts dans le monde (sur plus de 75 000 contaminés), certains Français ont visiblement bien du mal à croire les bilans quotidiens venus de Chine ou les recommandations du ministère de la Santé français.

En France, pourtant, seuls douze cas de personnes infectées ont été détectés depuis janvier, et un seul patient, âgé de 80 ans, est décédé. Quant à la transmission du virus, les autorités l’assurent : seuls des « contacts étroits avec une personne malade » en sont responsables. Rassurant? Pas forcément, pour Soumia, Tia, Johann, Marina et Sarah. Contactés par Le Parisien, ils nous racontent comment le coronavirus a changé leur quotidien et comment ils tentent de s’en protéger.

Soumia, 52 ans : « Dans la maison, on désinfecte tout »

En tant que mère de trois enfants, Soumia considère qu’il est de son devoir de protéger sa famille de toute contamination. C’est vrai en temps normal, mais plus encore depuis le début de l’épidémie de pneumonie virale. « Dans la maison, on désinfecte tout au maximum avec de la javel », dit-elle. « Je nettoie le plan de cuisine deux fois par jour, on nettoie les WC à chaque passage au désinfectant. J’insiste pour que tout le monde se lave les mains plusieurs fois par jour », détaille la mère, qui vit avec sa famille en région parisienne.

Une vigilance qu’elle applique aussi au travail : « Je nettoie les poignées de porte et les interrupteurs avec du papier essuie-tout et de la javel. J’ai dit à mes collègues de laver leurs mains, mais ce sont des hommes, ils ne sont pas très réceptifs », déplore-t-elle. Les enfants, eux, doivent faire attention lors de leurs déplacements. Soumia leur suggère d’éviter les grands lieux de rassemblement. « C’est sûr qu’en ce moment, je ne les enverrais pas en concert à Bercy », confie-t-elle.

Pour autant, elle n’est pas devenue paranoïaque, assure-t-elle. « On n’est pas en mode survivaliste, se défend Soumia. Mais en tant que maman, je ne peux pas ne rien faire. »

Tia : « Ma maladie auto-immune me rend plus fragile »

Pour Tia, être infectée par le virus serait une double peine : en raison de sa maladie auto-immune (son système immunitaire souffre d’un dysfonctionnement), tomber malade serait, selon elle, « catastrophique ». « Je suis inquiète, parce que je suis plus fragile », détaille Tia.

« Au début de l’épidémie, je me méfiais de tout. J’avais un masque et du gel pour les mains. […] Mais avec le temps, on s’habitue », avoue la maman bordelaise, qui précise avoir surtout peur « pour sa fille ».

Mais pourquoi cette inquiétude pour le coronavirus et pas les autres épidémies qui touchent la France, et qui, à ce stade, font beaucoup plus de morts? « Je suis vaccinée contre la grippe », répond Tia. « La pneumonie, c’est ça qui me fait peur, parce qu’il n’y a aucun vaccin. Le coronavirus se multiplie beaucoup plus vite », assure-t-elle.

Johann, 32 ans : « J’ai un suivi de l’actualité presque quotidien »

Le jeune chef d’entreprise parisien a presque tout prévu : des boîtes de paracétamol en avance, un masque antipollution stylisé pour marcher dans la rue… et même son point de chute s’il devait quitter la capitale pendant un temps, au cas où le virus se propagerait en France. « Je prévois de partir à la campagne, le temps de voir ce qui se passe. J’ai la chance d’avoir une maison familiale à l’écart des grandes villes. Mais quand je dis ça, je regarde très très loin », explique Johann.